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AJA – Croisière Liberté « Ambiental »

By on 9 août 2019

Derrière le doux nom AJA, se niche la gracieuse chanteuse Clémence Quélennec, qui à seulement 28 ans et aguerrie d’une expérience de 7 années de tournées, hors normes, avec le groupe La Femme, ( s’) apprivoise un nouveau souffle en solo.

Le dimanche 4 août dernier, c’est avec un mini live divinateur, à l’occasion d’une croisière liberté pour les Plages Pop de Bordeaux Rock, que la jeune femme émancipée, a sensibilisé les oreilles à son répertoire inédit. 

Démarré l’année dernière de façon quasi-confidentielle, le projet musical orienté Ambient/Folktronica se dévoile et se peaufine subtilement, à l’instar du 1er titre paru sur la toile en juin dernier : le très beau et ambiental « Dune Solitaire ». Déclinée en 2 versions, l’originale et le remix parfaitement Electropopesque de Polocorp, la chanson annonce également la sortie digitale du premier EP « Solitaire », pour le 27 septembre prochain.

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Mais, en attendant de découvrir le live d’AJA, c’est avec les morceaux sensuels, « Roche » de Sébastien Tellier, suivi d’ « Écoute chérie » de Vendredi sur Mer, en phase avec la thématique « croisière liberté », que le public embarque à bord du Sicambre. Sous un soleil de plomb et un verre de cocktail « bienvenu » dans la main, les oreilles se régalent des sets mix de Garçon Moderne et de Mathieu Vincent, compositeur/claviériste et bassiste au sein du groupe star local : Pendentif.

L’atmosphère est privilégiée, à l’échelle de mon échange avec Mathieu qui me permet d’ annoncer en tant que premier Webzine, que le 3e album de Pendentif est en cours de préparation. 4/5 titres seraient même déjà terminés. L’affaire audio sera assurément suivi, en avant-première, sur Josse Wave !

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AJA LIVE AU FIL DE L'EAU

Armée d’un clavier, d’un séquenceur, du logiciel Ableton sur PC, de son ingénieur du son (Raphael Acker) et d’une forte influence spirituelle liée à son exil anagogique au Maroc, la jeune femme démontre viscéralement son inspiration Chill Out.

Vécu comme un voyage au fil des paysages bigarrés des rives de La Garonne, le live d’AJA est synonyme de synergie sensationnelle. Dès le prélude instrumental, la trame mélodieuse s’installe progressivement, façon ancestrale avec ses sonorités de flûtes électroniques, rappelant les tous premiers Kraftwerk.

L’espace-temps semble se figer au rythme des rares saccades de percussions électroniques façon DUB, jouissives de par leur tonalité pêchue. Les frissons jaillissent déjà sur ma peau à la fin du titre et l’effet poétique m’évoque l’orchestral et intemporel « Moon Safari » d’Air. Pour ce qui est de la tenue de scène, vêtue de blanc, avec pour seul marque la typographie du groupe Salut C’est Cool au niveau du col, recroquevillée et concentrée jusqu’au boutisme derrière les machines, Clémence me rappelle la timide Mohini Geisweiller. 

Pour la voix, qui oscille sensiblement, quelque part, entre Charlotte Gainsbourg et Mylène Farmer à ses débuts, elle attendrit. En témoigne la version raffinée de « Dune Solitaire », plus aérienne dans la première partie et expérimentale dans la seconde. Les loops mélodiques sont joués et modulées les mains entrecroisées sur le clavier, avant qu’un léger Beat ne se charge d’infra-basses. S’ensuivent 3 titres avant l’outro, dont l’un qui m’a tapé à l’oreille comme un tube moderne d’Electro pop. Mais, la surprise réside avec une chanson chantée en japonais, habillée de nappes et de sonorités cinématographiques asiatiques influencées de Ryūichi Sakamoto.

L’effet hypnotique est atteint au sommet avec les vocalises, à la frontière du païen, enregistrées en direct et mises en boucle pour un morceau minimal/progressif, accompagnant avec surréalisme le panorama offert. 

On touche à l’essence même du timbre aigu et intimiste de Clémence Quélennec, nourri des réminiscences vocales passionnées avec La Femme. Il y a cette même beauté irradiante que dans la musicalité onirique de Vangelis sur « Rachel’s Song » (la BO de Blade Runner). De la même manière que les samples d’oiseaux et autres bruits naturels utilisés par Clémence, apportent égalité d’âme à l’atmosphère du set. Et, quand arrive la conclusion nommé « Lunex », avec son piano mélancolique, et ses nappes magistrales, mon émotivité sentimentale est exacerbée par l’instant musical grandiose « figé »dans le décor.  Car, qu’on se le dise, AJA fait de la musique sentimentale qui touche sans vous couler.

En 2019, j’en suis convaincu, la démesure du live n’est pas d’assister à un concert surfait dans un stade… mais plutôt de vivre avec curiosité et passion, dans un cadre insolite ou naturel, les prémices (intimement cultes) de la nouvelle scène.

En attendant de pouvoir absorber sans réserve les bienfaits de la musique d’AJA, voici l’interview :

Comment as-tu vécu le concept de jouer live sur un bateau naviguant sur la Garonne pour Bordeaux Rock/Les plages pop ?

Très bien ! J’adore jouer en pleine nature. D’habitude pendant tout le long de mon live, je plonge les auditeurs dans une ambiance enregistrée près de chez moi en plein nature. Là, la nature était déjà là (sourire).

Pourquoi avoir choisi un avatar pour ton projet solo, plutôt que ton propre nom ?

J’avais envie de m’amuser et de créer un personnage qui puisse venir d’un conte fantastique, un nom qui fait voyager aussi, et qu’il y ait aussi une idée d’intemporalité. Je voulais quelque chose de très simple. (AJA qui veut dire chèvre en indien, est aussi l’animal préféré de Clémence)

AJA sonne en définitive, aussi doux que ta musique, mais est-il un projet solo « ponctuel » ou plutôt un projet artistique que tu comptes faire évoluer ?

En fait, je ne vois pas comment c’est possible de composer de la musique, de créer un projet en se disant que c’est ponctuel, que ça finira à telle date. Sinon tu ne commences rien. C’est ma façon de m’exprimer et je cherche constamment à évoluer, à m’amuser, à découvrir de nouvelles choses, des nouvelles techniques. Peut-être qu’un jour, j’arrêterai la musique et j’évoluerai dans un autre domaine, mais je n’en ai pas encore eu la vision.

« Faire de la musique permet d’évoluer et cette évolution fait évoluer la musique. Quand tu commences le processus, les possibilités sont infinies ».

La première fois que j’ai vu ton pseudo AJA, c’était en direct avec Flavien Berger le temps d’un duo spontané pour une jolie reprise de « Bailando ». Comment est née cette idée ?

C’est Flavien qui m’a contactée ! J’avais déjà chanté des chœurs sur son album, il avait appelé ça des « naïades » (rires) . Pour « Bailando », à vrai dire, on a répété le morceau qu’ 1 h et finalement, ça l’a fait. Il a une super belle énergie dans le travail. 

Durant le live à la croisière liberté à Bordeaux, on a pu découvrir un titre chanté en japonais. Sais-tu bien parler la langue ? Pourquoi ce choix ?

J’ai découvert le Japon avec des musiciens comme Midori Takada, Ryūichi Sakamoto , Hiroshi Yoshilura, et Nobuo Uematsu. Puis, j’ai fini par y aller et je suis tombée amoureuse du pays. Par contre, je ne sais pas du tout parler Japonais. Je suis allé sur Google traduction , puis j’ai demandé à un ami bilingue si c’était correct et voilà, c’est parti. 
Je pense que la prononciation n’est pas super juste, mais ce n’est pas grave. 
Depuis, j’ai téléchargé une appli pour apprendre !

Quelles sont justement tes influences et références musicales ? 

C’est très vaste, mais je peux te citer une nouvelle fois les musiciens japonais… Il y a aussi Stereolab, Suzanne Cianni et Kaitlyn Aurelia Smith que j’ai découvert assez récemment, Wim Mertens, ou des musiciens baroques comme Jordi Savall. J’aime la musique baroque et folklorique, les chœurs d’église et les envolées de harpe fantastiques. La nature est aussi une énorme source d’inspiration. Il faut prendre le temps d’écouter. J’aime les BO de film, les longues plages instrumentales et les musiques d’ambiance. Mon artiste préféré reste Robert Wyatt.

Alors que la scène musicale féminine ne s’est jamais aussi bien porté en terme d’artistes sur le devant de la scène, en avril dernier avec le collectif nommé F.E.M.M, tu as fait partie des 700 signataires féminines à dénoncer le sexisme dans le milieu musical. As-tu été personnellement victime ou témoin de propos sexistes, voire actes plus graves ? 

Oui, j’ai signé la démarche parce que j’ai parfois été confronté au sexisme…, et aussi pour soutenir toutes les femmes qui y sont confronté. Je ne crois pas qu’il soit plus présent dans le milieu musical qu’ailleurs. Mais, c’est le milieu dans lequel j’évolue !

Que penses-tu du succès public fulgurant de Clara Luciani, qui a notamment fait ses armes avec toi et le groupe La Femme ?

Je suis très contente pour elle qu’elle ait réalisé son rêve. 

Souhaiterais -tu connaître le même succès qu’elle ou préfères tu garder une forme d’aura confidentiel ?

« Je n’ai aucun problème avec le succès, au contraire, mais pour moi, il peut prendre plusieurs formes. Être très exposée, sur tous les plateaux télé et radios, ce n’est pas pour moi ». 

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Avec AJA, tu es toujours vêtu de blanc et sans aucun artifice. Ce choix, est-il lié à l’abondance des styles vestimentaires testés avec La Femme ?

Je me sens bien dans le blanc, sans maquillage et sans artifice. C’est vraiment dans une tenue épurée que je me sens le mieux. Cela aide aussi à ce que l’attention ne soit pas focalisée sur moi. Rien d’extravagant… ce n’est pas que ça me met mal à l’aise, mais sur le moment, j’ai envie que les gens sois plus focus sur la musique. 

Es-tu justement consciente de l’apport iconique précieux et rare que tu as illustré auprès de La Femme, tant sur scène que dans tes différents looks ?

En fait non, mais je m’en rends compte par le biais des nombreux messages que les fans m’envoient ! Je n’ai pas encore le recul nécessaire pour avoir conscience de cela.

Ton EP bien nommé « Solitaire » est donc prévu à la rentrée, est-ce qu’une nouvelle vidéo est prévue pour illustrer sa sortie ?

Oui, il y aura une vidéo en animation pour accompagner un morceau, mais elle sortira plus tard, j’espère en décembre. Car, le travail d’animation est long.

Que peut-on te souhaiter pour la suite ?

De super bonnes choses positives !

Avec une telle intégrité artistique et sensibilité magnétique, AJA est bien partie pour défrayer la chronique audio. Rendez-vous pour une belle rentrée avec la sortie du EP !

 

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