Chronique

Avide de « Cannibale » de CALYPSO VALOIS

By on 6 novembre 2017

Au parfum pour la sortie du premier album de Calypso Valois (« Cannibale » paru le 13 octobre sur le label PIAS), finement mis en bouche par Yan Wagner, l’appétit pour les mets proposés, dérivés des meilleurs recettes de la pop féminine à la française, ont trouvé grâce à mes goûts et à mes oreilles. Enfant des jeunes gens modernes Elli et Jacno et filleule de Etienne Daho, la jeune trentenaire auteure-compositrice-interprète, livre un premier album solo au for intérieur absolument fascinant.

Premier symptôme : "cette salope est belle comme le jour"

Avec son rythme punk yéyé effréné, l’entrée « Le Jour » riche d’une saveur musicale alerte croisant le baroque (François Hardy) et la modernité Electro-pop (de ses envolées lyriques sophistiquées des premiers Mylène Farmer au rock indé rétro-futuriste de Juniore) se dévore jusque plus faim. Dès que Calypso ouvre la bouche : « Jamais ne va disséquer la fleur vénéneuse amoureuse, tu risquerais d’avoir trop peur » elle annonce le ton, autant passionnant que déroutant, à son roman audio sentimental.

calypso double

Calypso, nymphe mi-ange, mi-démon ?

Rien d’étonnant à ce que la chanteuse ait débuté comme actrice, notamment au côté de Michel Gondry pour « L’Écume des jours », et ait fait ses armes musicales pour le projet bien nommé Cinéma (duo électro pop discret créé avec Alexandre Chatelard, de 2012 à 2014). Car tout sonne cinématographique dans « Cannibale », de la petite introduction Synthwave du titre éponyme qui dévoile une orchestration gainsbourgienne (inclus celle de Charlotte) à l’ambiance aérienne évoquant celle du fameux « Moon Safari » de Air. Agrémenté d’un joli son de guitare à la Johnny Marr sur le refrain « Ton envie m’avale/mon désir te fait mal » le titre joue sur les contrastes métaphoriques.

 « Apprivoisé », le  nouveau single accentue plus encore ces facettes farouches entre l’orchestration décalée façon 70’s qui balance et les scintillements électroniques qui donnent un entêtement croissant aux paroles abstraites (« Ta folie sans limite ça c’est exotique, mon cerveau qui t’agite c’est anatomique »).

Second symptôme : "ton esprit insolite, c'est labyrinthique"

« En noir et blanc » Calypso divulgue son romantisme sombre pour la rencontre amoureuse éphémère : « Je panse tes blessures et m’en fais d’éternelles », sur une trame qui côtoie « Je suis venu te dire que je m’en vais » au folktronica électronique, beau et mélancolique, expérimenté de la même façon que sur « Event Horizon » de Mohini Geisweiller (2011).

Les « lalalala » fantomatiques de « Surprise-Partie » posés sur clavecins magnanimes réveillent les sentiments amoureux innocents, vécus aux travers des musiques de film kitsch, tels que le « Theme Myosotis » de Michel Polnareff (pour La Folie des Grandeurs), ou encore Michel Magne (pour les Angélique) et François De Roubaix (pour Le Vieux Fusil). Troublant car congénital.

Tandis que « La Nuit » renvoie littéralement au karma musical 80’s bienveillant de Françoise Hardy, le dansant et virevoltant « Vis à vie » bercé de boucles synthétiques hypnotiques sonne comme une ritournelle progressive dominée par la mélodie classieuse aux violons + piano. Calypso ne cache pas sa passion pour la musique classique et Chopin qu’elle a étudié dans son enfance.

troisième symptôme : "vis à vis de sa vision de la vie" |l'art du clip

Véritable plat de résistance musical passant du spleen en noir et blanc aux couleurs de la Bossa Nova façon Nouvelle Vague, la chanson « Tes Mots » parle de façon ancestrale. Chantés dans sa seconde partie en duo avec Yan Wagner (quel régal de l’entendre murmurer en français), les mots s’illustrent à l’esprit comme un roman-photo, une tranche de vie, une tronche de couple en mode rupture qui garde dans l’absolu une élégance contagieuse. Le titre suivant, “Baignade”, tourmente et noie l’auditeur de son atmosphère vindicative.

Les chats ne font pas des chiens et « Méchante Fille » en est l’exemple. Synthpop d’un autre temps, rythme minimal métronomique, vocal monocorde, et humour second degré en concluant par 2 uniques mots,  gentil garçon, le morceau renvoie directement aux travaux avant-gardes de son paternel, ou plus proche de nous, du duo belge Vive la Fête.

calypso_valois

la figure iconique, prometteuse du live

« Amoureuse » possède la saveur de la cerise sur le gâteau. Avec sa montée d’arpeggio sur nappes synthétiques, la trame (gainsbourgienne, une nouvelle fois) se transmute en une lévitation sonique sensuelle admirable et influente, comme le chef d’oeuvre « Sexuality » de Sébastien Tellier (2008). Soutenu par une orchestration rétro-futuriste, épique dans la conclusion, le mot amoureuse découpé en 4 syllabes [A-mou-re-Zerésonne comme une merveilleuse symphonie que l’on voudrait garder éternelle à l’oreille.

« Cannibale » est un album intemporel de la trempe de ceux qui vampirisent le temps qui passe et fatalement, en 2017,  est le disque français le plus surprenant de l’année. Calypso Valois sera en concert à Lille, à L’Aéronef le mardi 5 décembre avec Mademoiselle K et c’est à ne pas louper : http://aeronef.fr/agenda/mademoiselle-k-2017/

Dernier symptôme : " bienvenue dans l'effet papillon" 30 ans après

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