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GOOSE : Liberty Calling

By on 25 octobre 2017

Goose a électrisé l'édition 2017 du festival des Libertés à Bruxelles

Goose en concert à Bruxelles, c’est toujours un événement. Plus encore en ce samedi soir du 21 octobre 2017 car le quatuor Electro-Rock phare de Courtrai parachève sa belle tournée pour « What You Need », le quatrième album de la plénitude, étendue depuis les prémices à L’Ancienne Belgique, le 22 avril 2016. Aussi, pour la première fois les 4 musiciens flamands jouent dans le cadre Standing du Théâtre National de Wallonie à l’occasion du Festival des Libertés. Tout un symbole conceptuel, jusqu’au boutisme des noms.

Programmé via un planning protocolaire, je les retrouve dans leur loge pour une interview restreinte à 15 minutes, un peu moins de 2 h avant leur entrée sur scène. Installé sur le canapé cosy avec une bière (que je ne saurais boire avant d’en ressortir), je me retrouve au centre du groupe décontracté, avec à ma gauche Dave Martijn (Synthétiseur, guitare, vocal) et Tom Coghe (Synthétiseur, Basse, vocal), plus à ma droite Bert Libeert (Batterie, Drums Machine, vocal) voisin du chanteur Mickaël Karkousse (synthétiseur, Drums pad, guitare) dont le regard profond face à moi, illustra principalement les réponses dans un français charmant. Je savoure ce nouveau rendez-vous privilégié dans mon espace-temps.

feat-goose

« What you need » selfie

Ce soir, c’est la dernière date de votre tournée « What You Need » en Belgique, comment vous sentez-vous ?

Bien en fait ! on a fait de bons concerts et pour finir par Bruxelles, dans une salle que l’on ne connaît pas du tout, qui est très belle en plus, je crois que ça va être un très beau show.

C’est la première fois que vous jouez dans un théâtre comme celui-ci ?

Oui… mais on n’a pas le sentiment que c’est un théâtre, mais plutôt une salle de rock. (Effectivement, la salle à vue d’œil fait office d’un mix entre le botanique et d’un hypothétique petit Forest National)

C’est aussi le cadre du festival des Libertés dont la thématique est « antisystème ». Est-ce que vous vous considérez comme un groupe de Rock « antisystème » ?

Dans la façon dont on fait de la musique oui, car nous essayons de trouver des nouveaux systèmes qui marchent pour nous musicalement. Mais politiquement je crois que l’on n’est pas antisystème, car notre force, c’est celle de la musique. On essaye de trouver de nouveaux sons, de nouvelles solutions, de nouveaux parcours et c’est ça notre vraie motivation.

Vous soutenez Handicap International contre les bombardements de civils dans les pays en guerre comme la Syrie…et par la même c’est la première fois que vous vous manifestez à travers une démarche humanitaire. Le groupe est-il en train de devenir moins naïf ?

(j’évoque l’interview réalisée, en 2014, pour le show De/Reconstruction lorsque Mickael Karkousse me confiait que l’état d’esprit du groupe était la naïveté, NDLR)

INTERVIEW En tête-à-tête avec… Mickael Karkousse de GOOSE (15.10.2014)

Non, parce que je crois toujours que tu dois être naïf pour trouver des solutions et d’être engagé parfois, c’est quelque chose d’autre. On n’est pas en train de rechercher des organisations comme Coldplay pour devenir ambassadeurs. Mais si une organisation qui ne fait rien de mal demande pour les soutenir, on va le faire.

C’est un beau geste ! L’album « What You Need » qui possède un fort potentiel qualitatif et grand public a eu beaucoup de mal à se faire distribuer hors de la Belgique, je pense notamment à La France. Pourquoi est-ce si difficile aujourd’hui ?

C’est ce que l’on se demande aussi… (petit silence). Parfois tu ne dois pas te poser trop de questions et regarder vers l’avenir. On a fait un album fantastique et si le succès ne vient pas tout de suite, cela ne veut pas dire que c’est mort. C’est une philosophie importante auquel on tient. Parce que l’on vit dans un monde qui va très vite, trop vite, alors que ne l’on n’est pas obligé d’aller si vite. On a le choix d’être plus long, on a le choix de grandir… Allez, on a cette possibilité donc il ne faut pas se faire exciter par d’autres gens.

Et justement je pense que l’album « What You Need » est taillé pour durer dans le temps, car un an et demi après sa sortie, il est encore plus pertinent…

Voilà, aussi les morceaux, même, du premier album (« Bring It On », Safari Records, 2006) continuent à être influents pour beaucoup de gens, pour passer à la radio, pour être utilisés dans des films. Donc, nos succès ne sont pas mesurés seulement par la radio ou les médias, car ils seront beaucoup plus « right » ou « white » (je ne suis pas sûr d’avoir compris le mot, mais je l’ai pris dans le sens de la candeur, NDLR).

Goose est indéniablement très populaire en Flandre depuis ses débuts, mais comment est perçu le groupe en Wallonie, comme ce soir où la conception du spectacle est wallonne ?

Oui c’est vrai, depuis « What You Need » on commence à avoir enfin un public francophone. Cela fait déjà 10 ans que l’on demande aux personnes qui nous encadrent : « Allez, faut travailler sur la partie sud »…

Tom Coghe : Mais c’est vraiment un monde différent.

Oui, c’est en fait comme un autre pays. On ne voudrait pas le croire, mais c’est comme ça.

Justement cela m’amène sur la question de la collaboration avec le duo bruxellois Soldout, comment est né le fruit et qui en a eu l’idée ?

Ils sont venus vers nous, car on se connait déjà depuis longtemps, mais pas personnellement (le duo était présent dans les spectateurs à la première à l’Ancienne Belgique au mois d’avril 2016, NDLR). On savait que l’on existait l’un et l’autre (sourire) et un jour ils nous ont approchés avec le morceau.

David Martijn : C’est aussi grâce à notre roadie Nicolas je pense… (Nicolas, alias Dadar bassiste dans le trio de pop dance lilloise GYM, prouvant combien tout est lié culturellement)

D’autres collaborations sont-elles prévues avec eux ou un autre groupe ?

Non, pas pour le moment.

La culture du Remix semble s’estomper en général, inclus sur la scène Electro ainsi que dans votre discographie… Est-ce que vous pensez que l’on est arrivé au bout de la créativité et de l’intérêt des variances électroniques ? (En écoute un remix amateur plus palpitant que certains remix officiels)

Quand on a commencé à faire des remix, la motivation première était pour les jouer en Club (chaque membre du groupe est également DJ). Mais lorsque les remix on était réalisés pour faire la promotion, cela a tourné vers quelque chose de plus du tout intéressant pour nous.

Puis les auditeurs préfèrent toujours les versions originales… 

Qu’écoutez-vous en ce moment ?

Mickael : Ce matin j’ai écouté Midland

Dave : Le nouveau Millionaire ! Bert & Tom : Etienne de Crecy !

(Etienne De Crécy sera en concert le 17 Novembre à l’Aéronef de Lille, et je m’empresse d’en informer mes complices de l’instant, NDLR)

Vous semblez toujours autant liés par l’amitié et attachés à la ville de Courtrai,

peut-on dire que Goose est un groupe fidèle ?

Oui, et aussi loyal. Par contre, nous ne sommes pas fidèles à notre ville, ça c’est une coïncidence (rire), mais oui Kortrijk reste notre fief. On ne va pas déménager pour faire plaisir à quelqu’un d’autre !

Il y a tellement de groupes ou artistes qui une fois ont l’argent du succès partent vivre à Los Angeles…

C’est justement parce qu’on ne gagne pas assez d’argent (éclat de rire général). Le jour ou tu apprendras que l’on est parti vivre à LA, tu vas savoir que l’on est riche (rire).

Goose est surtout connu pour ses concerts et performances surpuissantes d’Electro-Rock… A quand la captation d’un live pour une sortie officielle en DVD/BluRay, du moins en Belgique pour vos fans ?

On se demande si c’est quelque chose que l’on peut vraiment capter sur un DVD. Peut-être que c’est possible de rendre l’atmosphère du direct avec plein de caméras partout, et ensuite remixer le son, mais est-ce que c’est vraiment ce que les gens veulent voir ?

Pour se faire une idée, plongez-vous dans le Live Stream du show dantesque « Control, Control, Control » filmé en 2013 :

Mais oui, peut-être qu’on le fera un jour.

Quels sont les projets pour le futur proche et moins proche ?

Proche, on est en train de travailler sur un projet mystérieux qui a un lien avec le live avant d’enchaîner sur le nouvel album.

Un album acoustique, quelque chose dans le genre ?

Non, ni CD live, mais comme on est encore en plein dedans, c’est difficile d’en parler. Ce n’est pas qu’on ne veut pas en parler, mais ça serait même bizarre de le faire. Et après, on écrit pour le nouvel album, mais on doit encore beaucoup en parler entre nous avant d’être prêt.

Avez-vous déjà une orientation pour le son ?

Dave (en anglais): Non, en fait on réalise le projet intermédiaire cette semaine et il sera décisif pour le nouvel album…

Mickael : C’est un peu comme lorsque l’on avait fait le projet expérimental De/Reconstruction et qu’il a ouvert des portes niveau instrumentalisation avant l’enregistrement de « What You Need ».

En parlant de De/Reconstruction je suis très heureux et fier d’avoir vécu le show dans l’immeuble à Courtrai…

[reportage] Goose De/Re Construction, 20 octobre 2014

Oui, c’est quelque chose d’unique, que très peu de gens connaissent finalement et qui nous appartient. C’est cool.

Qu’est ce que l’on peut vous souhaiter pour la suite ?

Tous ensemble : De l’énergie, de l’inspiration, des beaux shows et que les gens soient contents de nous !

Goose serait-il le dernier vrai quatuor masculin de Rock moderne de la planète à fonctionner comme un bloc intègre dans sa synergie et éthique de la créativité ?

Une partie de la réponse se tient sans aucun doute dans le fantastique concert présenté ce soir-là.

La chronique du concert

Allez voir Goose en concert c’est déjà dans le subconscient s’assurer d’un moment festif dynamisant et électrisant, mais lorsque l’on s’y trouve c’est la performance live absolueagrémentée d’un son magistral, qui prime. La règle n’y a pas échappé ce soir, car plus qu’avec un set promouvant l’album « What You Need », c’est avec un show Best-Of époustouflant et ambiances euphorisantes, façonné tel un medley entrecoupé d’interludes électroniques inédites, que le groupe a gâté le public.

Introduit par un discours sur le paradoxe de la perte de temps liée à la recherche d’emploi, n’offrant pas l’aboutissement pour chacun, tout en citant Mickael Karkousse (qui n’avait pas ce temps libre à la sortie des études car en train de créer de la musique), le groupe fait son entrée sur scène de façon inhabituelle avec le Disco-Rock « So Long ».

Dès les premières notes de guitares de Dave Martijn jouées en mode extended sur des percussions pour introduction, l’esprit et les cuisses s’animent. Il n’y a qu’à observer la foule qui ondule, des jeunes et des moins jeunes, parents pour certaines adolescentes venues de la Flandre, ou couples intergénérationels, pour comprendre que le groupe opère une magie bien vivante dans l’audimat. Mickael-et-Tom-synthUne ambiance qui ne faiblira jamais, mais au contraire qui évoluera au gré des morceaux, classiques ou héroïques tels que « What You Need », « Control »,  « Bring It On »… ou encore l’hymne pop bienveillant « Call Me », tous joués à la perfection dans un ballet de lumières envoûtant.

Sur le jouissif  Techno track « Can’t Stop Me Now », mickaelMickael très en forme descend de scène affoler les premiers rangs dans la pure tradition du frontman Rock&Roll. Avec « British Mode » Tom Coghe balance sa ligne de basse organique de façon explosive. Sur le phénoménal « Words » dans sa version Rock métallique et New Wave de 10 minutes à couper le souffle, le quatuor fusionnel est au sommet de sa cohérence sonore avec mention meilleur batteur au monde pour Bert Libeert, qui en plus de taper comme un dieu, joue sur une batterie réglée au millimètre avec les sorties audio.

L’audience est idéalement secouée, enjoué et hypnotisée pour réclamer le rappel. Accompagné du jeune groupe bruxellois Shakes au premier rang le plaisir y est décuplé.

NOUVEAUTE : SHAKES « Frozen Happiness »

Le bien nommé « Everybody » arrive à point pour enfoncer le clou de ce bonheur. Avec ses réminiscences New Beat teintées de Punk, le titre dépote tout sur sa trame. Le tube inné « Synrise » irradie les âmes présentes de ses mélodies divines dans les lumières chaleureuses pour l’évident final.

C’était beau, c’était fort, c’était libre, c’était Goose, le meilleur groupe que la Belgique ait connu depuis Front 242, dEUS et Vive La fête réunis. Aussi le seul groupe aujourd’hui à me faire « jumper » comme si j’avais 20 ans et à me faire vibrer à 100% sur le show, malgré le poids de toute mon expérience. Vive la Belgique, terre de générosité culturelle et mélomane.

Si tu n'as jamais assisté à un concert de Goose, "tu as raté ta vie"

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