Interviews Josse Wave

LESCOP : “JE SUIS HUMANISTE”

By on 20 novembre 2016

Lescop au Grand Mix de Tourcoing le 17 novembre 2016

Depuis ce premier show modeste à la péniche de Lille au mois d’avril 2012 où nous avions échangé quelques mots, Mathieu Peudupin n’a cessé de peaufiner avec classe et mystère son projet nommé LESCOP. Quelque part entre le chanteur de charme hypnotique, dandy adulescent rebelle et personnage clinique, Lescop s’est forgé un style physico-musical emprunté à quelques héros défunts, de Ian Curtis à Daniel Darc. Il faudrait être aveugle ou totalement inculte pour ne pas cerner le mimétisme inné et étrange avec ces 2 figures, tout comme cantonner Lescop à cette unique facette serait une illusion. Avec son premier album chanté tout en français  sur une musicalité néo Cold Wave raffinées, les oreilles et critiques s’étaient littéralement télescopées dans l’engouement. 4 ans après l’hymne « La Forêt » inclus 2 années de tournées, voici que le garçon de 38 ans, est de retour avec “Echo”, un second opus moins cloné et dérangé qu’il ne paraît. Personne n’a oublié la singularité Lescop, cela tombe bien lui non plus n’est pas amnésique, il se souvient de moi. C’est ainsi que l’on entame l’entrevue planifiée parmi son emploi du temps millimétré, en tête à tête au catering de la salle le Grand Mix à Tourcoing. Le festival des Inrocks l’accueille pour la seconde fois, et avant de découvrir son écho dans le show, je perçois Mathieu Lescop naturel et particulièrement sagace.

pass-lescop

Ton second album “Echo” sorti il y a presque un mois résonne déjà avec un écho positif du public mais aussi médiatique car encensé par la presse. T’attendais-tu à ce succès ?

On ne sait jamais à trop quoi s’attendre quand on sort un album et on a toujours envie que ça marche. Mais je crois qu’il faut prendre de la distance avec les médias que ce soit dans le sens du succès ou au contraire du manque de succès, car cela t’éloigne des questions plus importantes qui sont d’ordre artistiques.

Est-ce que le nom “Echo” fait référence au premier album éponyme ?

Oui, l’idée est que tu produis un son sur le premier album et que sur le deuxième, tu produis son écho. C’est-à-dire qu’à la fois il lui ressemble, mais en même temps le son est un peu modifié, car ce n’est jamais la même source que l’original. Puis cela parle aussi de tous ces personnages dans le disque qui se font échos les uns les autres. Cela parle aussi de la nymphe Écho qui est amoureuse de Narcisse…

Tu es un des rares artistes français à chanter en français sur une musique alternative inspirée de la culture Pop indies internationale. Te sens tu un peu le porte-parole de cette nouvelle scène en plein essor actuellement en France ?

Non, moi je suis le porte-parole de rien. Ce rôle-là ne m’intéresse pas. Par contre, je trouve ça  bien qu’il y ait tout un tas de groupes qui chante en français. D’ailleurs ce soir il y a Paradis, un groupe qui chante aussi en français et je ne suis pas leur porte-parole. Les groupes aujourd’hui prennent justement leur propre initiative et c’est ça qui est bien.

Lescop en mode quintette

Pour ce cru et line-up 2016, tu es passé progressivement de la formule trio originale à la formule quintette par un nouvel apport, féminin ce coup-ci, avec une claviériste/choriste…. Que penses-tu justement de tous ces groupes fleurissant tout ou en partie féminin vocalement ?

Les femmes s’émancipent partout dans la société, donc ça passe aussi pour la musique, tant mieux !

Tu sais donc très bien t’entourer, je pense aussi à ton guitariste Cédric Leroux qui excelle sur scène. Tu pourrais faire un bon directeur de casting, non ?

Plus ou moins on me l’avait conseillé en fait. cedric-leroux-nb

Et il fait partie de l’imagerie intégrale de Lescop durant les concerts. Il est important pour le public !

Oui bien sur Lescop ce n’est pas seulement moi. C’est un projet qui tourne autour de moi et de mes chansons, mais il y a aussi une constellation de gens autour. Il y a un peu un système solaire Lescop avec des satellites et des gens qui sont là quelquefois, d’autrefois, un peu comme la choriste Lorie présente seulement à l’émission Quotidien (le groupe était en formule sextette, ce qui m’avait surpris). Je conçois ça comme une entité amovible dont mes chansons sont le socle.

Pour cet album, tu as retravaillé à nouveau avec le producteur Johnny Hostile ( Directeur du label Pop noire, producteur de l’album “ La Vague” d’Izia). C’est un ami avant tout, ou uniquement le patron du son ? Oui un ami, on se connaît de longues dates.

L’esthétique de ton image un peu “clinique”, enfin détaché du revival facial de Ian Curtis dont beaucoup ont phantasmé à tes débuts, est aussi un facteur important de l’univers Lescop ? C’est toi qui détermines le choix de ton image pour les pochettes, etc. ?

Ah non-ça, ce sont mes parents qui ont déterminé mon image ! (caustique). Comme c’est un projet solo au départ, oui le physique et la corporalité ont une place importante, pas de façon superficielle mais artistique. 

Justement dans le mini-film “la nuit américaine” du précédent album tu jouais quasiment à l’acteur et crevé même l’écran. As-tu déjà été sollicité pour le cinéma ?

Je me sollicite tout seul (rire). J’ai co-écris un scénario de film avec Sylvie Verheyde qui avait fait mon clip de “La Nuit Américaine” pour un long-métrage que l’on va réaliser prochainement… (info à suivre !)

Tu ne parles jamais de Asyl, ton précédent projet. C’est une question d’amertume ou tu as juste tourné définitivement la page ?

Non, je peux en parler facilement ! C’est juste que c’est un groupe qui n’est plus confidentiel et dont on ne me parle pas. Mais si tu me poses une question, je te réponds. Je n’ai vraiment pas d’amertume par rapport à eux, on a vécu un truc intense et long. Une longue histoire qui allait avec la jeunesse, la post-adolescence… Mais voilà quand tu arrives à plus de 30 ans, tu ne fonctionnes plus pareil qu’à 20. C’était aussi ça l’idée de partir en solo.

Sur ta page Facebook, tu nommes ton style comme variété bipolaire. Serais-tu bipolaire toi-même ?

Non, je ne crois pas être bipolaire (en riant). C’est plus une manière de dire que l’on a un pied dans chaque monde. Un pied tourné vers la chanson française dite élégante du style Daho, Bashung, Daniel Darc et un autre tourné vers l’Angleterre ou les Etats-Unis avec quelque chose de sombre. Mais je veux aussi qu’il y ait quelque chose de lumineux, notamment pour mes concerts. Je tiens à ce que les gens passent un bon moment, je ne veux pas les agresser, qu’il y ait une sorte de climax lumineux, malgré l’aspect maniaco-dépressif qu’il peut y avoir dans ma musique.

Je pensais à une schizophrénie artistique à la Bowie ! lescop-nb

Oui, on peut dire ça comme ça. On vit une époque schizophrène, notamment avec Internet, et les avatars des réseaux sociaux. On vit tout le temps tiraillé entre nous même et des projections de nous même. Ce n’est pas propre à moi.

Tu es fasciné par l’univers nocturne, et tu évoques notamment l’insomnie dans la chanson du même titre… es-tu insomniaque ?

Non, je l’ai été pendant longtemps, maintenant ça va…

(moi qui en suis victime, Mathieu m’a conseillé gentiment d’arrêter les “drogues” et de me mettre à la méditation, comme une métaphore de son vécu)

Sur la chanson “Quelqu’un à qui penser”, tu évoques  une ambiguïté identitaire masculin/féminin à travers le désir, un peu comme Indochine avec troisième sexe en son temps. Comme Nicola Sirkis avec qui tu as notamment co-écrit le titre “Traffic girl” sur Black City Parade, es-tu un fervent défenseur de la liberté sexuelle ?

Pas spécialement, je ne suis pas militant de cette cause-là. C’est la liberté tout court qui m’intéresse. Liberté sexuelle oui mais je suis pour la liberté et le respect de chacun. Je veux dire qu’il y a des gens qui n’ont pas besoin de liberté sexuelle et qu’ils sont très heureux aussi. Je ne suis pas un militant pro gay LGBT ou je ne sais quoi… A vrai dire, ça me fatigue un peu, c’est comme être féministe tu vois. Les femmes sont des êtres humains comme les hommes, donc, je suis humaniste, pas féministe, et je revendique qu’elles ont exactement les mêmes droits que les nôtres. En vrai, ça veut dire être féministe, mais je n’aime pas ce mot.

Peut-on s’attendre encore à d’autres collaborations avec d’autres artistes ?

J’aimerais bien. Je suis assez ouvert pour l’écriture…je pourrais écrire pour pas mal de gens. Moi je veux qu’il y ait une rencontre, tu vois. Quelquefois il y a les maisons de disques qui te proposent d’écrire pour un tel que tu n’as pas rencontré. Qui ne t’appelles pas, tu vois, ça ne m’intéresse pas trop. Alors que si tu rencontres quelqu’un, tu peux tomber sous le charme même si son univers n’est pas le tien. Tu vois, par exemple j’ai travaillé pour IZIA dont l’univers Rock and Roll très râpeux n’est pas mon truc, mais du fait qu’elle s’intéresse à moi et me sollicite est super-intéressant, car peut-être, elle aurait une vision spécifique. Et effectivement, elle en avait une (enthousiaste) ! C’était donc super agréable de travailler avec elle. Je suis hyper ouvert à ça…

Et dans l’absolu quel artiste t’intéresserait ?

Ben tout artiste qui n’est pas de droite (convaincu).

(spontanément) J’ai pensé à Valérie Leulliot de Autour de Lucie qui je trouve à la même façon de poser sa voix et paroles en français, entre chant et narration poétique claire.

Ah je ne connais pas trop Autour de Lucie, mais ok je note !

Sur le premier album, quelques remix bien pêchus ont agrémenté les sorties des singles. La culture du remix est-elle toujours d’actualité pour toi ?

Heu ouai ouai, après je n’y pense pas jour et nuit.

Peut-être que l’album s’y prête moins aussi ?

Un peu moins puis ce n’est pas mon travail les remix. En fait, si tu en as besoin, tu fais confiance à quelqu’un et puis normalement il te fait un truc, club ou autres, qui te plaît. Je ne me pose pas trop la question actuellement. (si on le sollicite, il n’empêche que Lescop est carrément partant)

Après la première tournée du premier album qui a duré plus de 2 ans, et vu les dates déjà complètes, te sens tu prêt à repartir pour 2 ans ?

Tant que je peux tourner sans trop y laisser de plume…(rire)

Que penses-tu du public nordiste, toi qui as souvent joué dans le nord ?

Très bien ! J’aime tous les publics mais après, c’est vrai qu’ici il y a une culture. On n’est pas loin de la Belgique, il y a un côté plus mélomane. Il y a aussi une culture de la fête, du rassemblement, surtout à Lille. Les gens sont très chaleureux dans le Nord contrairement à votre météo (chaotique le jour de l’interview)

Sur scène face au public, je te sens absolument épanoui et toi-même. C’est la vraie  récompense ?

Ouai il y a ce côté récompensé parce que faire un album, c’est beaucoup de moments difficiles, de remises en question, de doute et tout ça. Ce que j’aime avec la scène, c’est que tu travailles en répétition, avec ce côté très technique et minutieux…Je suis quelqu’un de fasciné par les méthodes. Trouver une bonne méthode qui te convient et une fois que tu l’as trouvé à la travailler avec minutie. Parce que dans la vie, j’ai toujours eu du mal, alors que sur scène, je peux régler chaque point de détail et essayer de tout ajuster à sa place. Plus tu es exigeant techniquement, plus tu peux te tranquilliser ensuite sur scène et arriver comme sur des rails, à prendre que du plaisir.

Ces derniers mots résonnent encore comme une prémonition dans mon esprit, tant le show qui a suivi quelques heures après a insufflé une dynamique incroyable par la performance de ses musiciens fabuleux et un son puissant à ses meilleurs titres taillés pour la scène.  Ainsi, de « La Nuit Américaine » à « Suivie » en passant pas « La Forêt » , « Dérangé » …, la dimension du live s’est mutée virale, jusque dans l’attitude désinhibée et généreuse du chef d’orchestre électrique. Tout le bon ressenti du live n’a pas fini de faire écho.

Le Grand Mix Titre : L'Apothéose Lescop !

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