Chronique

MARIE DAVIDSON : Working Class Woman

By on 9 octobre 2018

La productrice de musique électronique canadienne Marie Davidson, moitié du duo Essaie pas, tambourine d’intensité musicale et cérébrale sur son dernier album « Working Class Woman » paru le 5 octobre sur Ninja Tune.

En effet, à seulement 31 ans, la jeune montréalaise sonne l’aboutissement d’une carrière déjà bien remplie avec la parution de ce quatrième album solo englobant le son de ses diverses expériences.  Que ce soit au côté de son mari Pierre Guerineau pour le génial duo de Synth/Coldwave Essaie Pas (4 albums également), de son projet de musique Ambient avec Les Momies de Palerme, de son autre projet de Synth-Disco DKMD et du bilan de sa dernière année de DJette passée à Berlin, Marie travaille comme un bourreau.

"work it" : Electroclash version 2.0, dérision & féminisme

Le son de « Working Class Woman » est donc plus introspectif, sombre et direct que celui de ses sorties précédentes. Ses influences s’élargissent de l’Italo Disco et du proto-industriel tel que sur l’introduction Synthwave farouche de « Your Biggest Fan » où elle critique la culture des clubs et du monde moderne sur le ton de la dérision.  Fait de Beat saccadés et de paroles narrées s’électroclashant mutuellement, « Work it » est la réponse féminine au « Shoes » de Tiga.

La minimale Techno Kraftwerkienne dialogue sur des textes paranos, en anglais et en français avec le torturé « The Psychologist ». Le semi-instrumental « Lara » secoue les méninges avec sa trame Techno virevoltante entre le Beat fou et ses modulations acid.

Les nappes ambiantes et sonorités cristallines de « Day Dreaming » qui découpés en 2 plages, renvoient à l’émotion triste de celles de Crystal Castles et à la poésie d’Intermix (le projet ambiant/Electronica des Front Line Assembly durant les 90’s, NDLR).

La deuxième partie du disque est déstabilisé par l’oppressant « Tunnel » tympanisant entre les gémissements et les textes psychotiques sur terreur sonore, telle la bande son idéale d’un épisode de Black Mirror. L’instrumental et ballet de boite à rythme « Workaholic paranoid Bitch », faussement martial, sonne comme son titre : démoniaque.

Avec sa ligne de basse mélodique 90’s, le single « So Right » évoque l’Electro-Soul berlinoise façon Billie Raie Martin (Electribe 101)mais aussi la pop R’N’Besque de Madonna. Tout en étant le morceau le plus chanté de l’album, il est aussi le plus scintillant et « commercial ».

Progressive et viscérale, la Techno minimale et instrumentale de « Burn me » que l’on croirait extraite d’une production Nova Mute déploie son pouvoir hypnotique à coup d’infra-basses rebondissantes sur le tempo et ses claps robotiques. Fusionnant de ses boucles Trance sur une nappe inquiétante et ses sonorités Dark Indus respirant les séquenceurs analogiques, ce morceau ultra pêchu trouverait certainement grâce auprès de Martin L Gore pour ses rares DJ sets ou Mix précédents les introductions au live de depeche Mode.

« La chambre intérieure » conclut l’album sur un spoken word intimiste habillant une musicalité futuriste proche du thème de la série d’anticipation Humans. Car, il y a de cet univers clinique et interrogatif  dans la musicalité de Marie Davidson. En résulte un album électronique aux paysages sonores fascinant d’étrangéité et de virtuosité. Nul doute « Working Class Woman » s’inscrit comme la surprise Electro de la rentrée qui ravira ses aficionados les plus pointus.

Marie Davidson sera en concert le 20.10.18 à Bruxelles (Le Brass) et le  31.10.18 à Paris (Le Petit Bain).

ttps://mariedavidson.bandcamp.com/album/working-class-woman

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