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[RENCONTRE] SOLDOUT : Forever in Dunkerque

By on 12 mars 2018

Le duo Bruxellois Soldout, l’un des plus prolifiques et talentueux projets musical issu de la scène Electro-pop belge de ces 15 dernières années, était en concert à Dunkerque, pour la première fois, au 4 écluses, le vendredi 9 mars 2018. Malgré l’absurdité de les programmer en première partie de soirée avant une chanteuse Folk, et l’absence du public local exhorté par l’esprit du carnaval, Charlotte Maison et David Baboulis accompagné de leur nouveau batteur Franck Bayaont livré une performance perfectionniste. Animée par les rythmes électroniques et la passion des arrangements mélodiques, Charlotte a bluffé les privilégiés présents de son timbre cristallin parfait. Le trio qui est en tournée depuis plus d’un an avec le superbe album “Forever” a émané le plaisir contagieux sur scène, avant de répondre chaleureusement à mes questions.

Qu’avez-vous pensé de Dunkerque ce soir ?

Charlotte : j’ai trouvé que le public était super réceptif, malgré qu’il était un peu timide au début.

David : il n’était pas nombreux, mais assez cool pour donner une énergie… Il n’y a pas beaucoup de monde, mais tu sens que les gens sont contents.

Charlotte : puis les gens dansaient, et j’ai pu descendre avec eux… Car, si la salle est remplie, je ne le fais pas.

Soldout fête déjà 15 ans de carrière ! Est-ce qu’à l’époque vous vous imaginiez perdurer si longtemps ?

David et Charlotte : jamais ! (synchronisés)

Charlotte : En fait, quand on a démarré on n’imaginait même pas sortir un album car on n’était pas du tout dans le monde de la musique et on ne connaissait presque personne. On ne savait pas comment ça fonctionnait, on ne savait pas ce qu’était un booker… Donc a fait juste 4 titres sur une démo. Et avec l’encouragement de notre entourage, on a ouvert le bottin pour chercher les maisons de disques. On a envoyé nos maquettes aux maisons de disques par la poste, tout simplement.

Quand vous avez débuté, la scène Electroclash battait son plein en Belgique et vous m’êtes apparu comme une sorte de Miss kittin and the Haker belge qui chantaient en anglais…

Charlotte : ce n’était plus vraiment l’Electroclash, mais déjà du post Electroclash…

David : en fait, je pense que la scène Electroclash était très forte en France avec Miss Kittin et tout cela, mais qu’en Belgique, elle était différente avec Vive La Fête et Lektroluv… Le truc, c’est qu’on nous a intégré à ce mouvement  alors qu’à la base, on ne s’est jamais considéré comme un groupe Electroclash. On était plus pop.

Charlotte : on était influencé par le son Electroclash, mais on était aussi plus punk sur le premier album qu’on voulait basique.

La moyenne BPM était de 120BPM/minutes et on a poussé jusque 160 !

Oui, je pense notamment à l’un de vos remix de « I don’t want to have sex with You » (par Mugwump) qui avait été l’hymne du Dour Festival 2004 pendant les 4 jours !

Charlotte : oui, il paraît que les gens chantaient ça entre les concerts, comme avec The White Stripes l’année d’après.

David (très surpris) : ah bon, je n’étais même pas au courant…

Comment s’est déroulé la rencontre essentielle avec le groupe FRONT 242 ?

David : en fait, on a donné notre premier concert chez nous dans un club pour une fête, et les membres de FRONT 242 dont j’étais fan depuis l’adolescence jouaient en DJ set. Et quand on eut terminé, j’ai croisé quelqu’un qui m’a dit « Je crois qu’ils n’ont pas aimé ». J’étais tout dépité et en croisant Richard 23 à la party, je n’ai même pas osé en parler. Et longtemps après, ils nous ont contacté pour tourner avec eux en Allemagne.

Charlotte : on est devenu super potes depuis, comme si on se connaissait depuis toujours…

De plus en plus de projets musicaux électronique se forment en couple. Créer et jouer de la musique en couple est-il un idéal ?

Set List du show

David : Bien sûr, c’est un idéal, surtout actuellement, car ça offre des facilités inimaginables. Nous, on l’a fait parce que c’était évident, et on se demandait même à l’époque : « mais pourquoi il n’y en a pas plus ? ». Maintenant il n’y a plus que ça…

Charlotte : tous nos amis qui ont des groupes entre potes disent que c’est très difficile pour leur femme ou leur mari qu’ils laissent lorsqu’ils partent en tournée.

David : alors que partir en couple c’est juste un bonheur. Après ce n’est pas toujours tout blanc…

Charlotte : oui par exemple sur la tournée je vais plus facilement m’énerver sur David que sur Franck (le batteur).

David : et moi pareil (rire général) !

En parlant du batteur Franck Baya, vous tournez avec lui depuis plus d’un an, avec la sortie du dernier album « Forever ». Comment et pourquoi est venu le déclic de cette formule live en trio ?

David : on se le demande aussi maintenant (rire)

Charlotte : en fait cela faisait longtemps que l’on avait envie de le faire mais question organisation de tournée, on s’était dit que ça allait être compliqué…

David : oui mais ça revient à la question précédente, en couple c’est tellement plus facile.

Charlotte : on l’avait déjà fait avec le batteur des Girls in Hawaii qui joue sur « Dead Tapes » (2005) car il nous accompagnait quelques fois sur des concerts. On avait adoré ça, comme tout le monde qui nous réclamait de le refaire.

Le titre « Forever » donné à votre dernier album, c’était par métaphore à la longévité de votre carrière artistique ou plutôt en symbole de la longévité de votre amour ?

David : il y a un peu des 2. Car on a beaucoup de chance d’être encore en couple après 15 ans, mais aussi quand tu fais un groupe en duo, s’il y en a un des deux qui part, c’est fini…

Charlotte : non ce n’est pas vrai, The Kills ont continué même s’ils ne sont plus ensemble…

Vous possédez également un superbe potentiel de remixeur, je pense à celui très pêchu réalisé pour Housse De Racket « Aquarium » ou Charlotte pose même sa voix en français sur le refrain.

Charlotte : ah tu connais !?

David : c’est passé inaperçu en fait, car on ne l’a jamais vraiment sorti !

Pourquoi ne pas déjà avoir exploité le chant en Français pour Soldout, tellement la voix de Charlotte s’y prête bien ?

Charlotte : moi, je ne sais pas écrire de texte en français, alors si quelqu’un pouvait le faire à ma place, ce serait super. Puis, je n’ai pas vraiment écouté de scène française.

David : honnêtement, c’est con, mais il y a 15 ans, chanter en français c’était très difficile. On n’avait pas vraiment d’influence qui donnait cette envie. La seule influence qui nous venait à l’esprit, c’était Gainsbourg, alors il fallait vraiment être amoureux de Gainsbourg pour pouvoir le faire.

Charlotte : en fait, la scène française s’est décomplexée après Housse De Racket

David : oui, ils ont été comme des précurseurs.

Franck : le Rap a aussi beaucoup aidé l’introduction de textes en français.

David : puis, Stromae, est devenu en Belgique un exemple de la décomplexion du chant en français.

Pour l’un de vos derniers single « Do It Again », vous avez collaboré avec Goose qui est un groupe flamand très populaire dans sa région, mais moins en Wallonie, tout comme vous l’êtes en Wallonie, et moins en Flandres. Etais-ce une façon symbolique de réunifier la Belgique à travers la musique ou plutôt une vraie affinité artistique spontanée ?

David : disons que chez nous, on n’a pas beaucoup de groupes avec qui on aurait aimé collaborer…

Charlotte : ils sont assez similaires. On a l’impression de ne pas avoir ce genre de groupe du côté francophone, alors en se sentant très proches de leur son, on trouvait ça logique de jouer ensemble. On a le même langage musicale…

SOLDOUT + GOOSE = DO IT AGAIN

Hier, c’était la journée des droits de la Femme, et comme j’ai remarqué sur votre page Facebook qu’une playlist était dédié aux femmes, pensez-vous que les femmes ne sont pas encore assez mises en avant dans la musique ?

Charlotte : Je pense qu’il y a moins de femmes encore à l’affiche dans les festivals, c’est un fait. Peut-être que ce n’est pas fait exprès, que juste il y a moins de groupes avec des femmes…

Franck : il y a aussi très peu de femmes qui s’émancipent dans le milieu du Rap.

Charlotte :

je pense que s’il y a plus de femmes dans la musique, ce n’est pas pour une question d’égalité, mais juste parce que c’est plus vendable.

Comment se déroule la genèse d’un disque pour Soldout ? Qui fait quoi ?

David : on fait comme les trucs où la femme ne fait que chanter (rire)

Charlotte : non, en fait, on est tous les 2 de notre côté au début. On travaille chacun sur ordinateur à tester des boucles. Moi, je travaille sur les lignes de basse, des accords et des mélodies. David, lui, travaille plus dans la production et la recherche des sons électroniques.

David : voilà, après, on se réunit et on se fait écouter nos idées.

Charlotte : on se file nos trucs par clés USB aussi parfois… On travaille l’un sur le bout de l’autre et ça se construit petit à petit…

En définitive, Soldout est autodidacte ?

David : moi oui.

Charlotte : j’ai appris le solfège et le piano quand j’étais toute petite.

Qu’écoutez-vous actuellement ?

Charlotte : moi, j’écoute Majical Cloudz que j’ai découvert au Canada, lorsqu’on était en concert à Montréal. Je suis tombé sous le charme de ce projet très minimal, car il arrive à épurer les sons, et laisser la voix dominer.

David : moi j’ai vraiment beaucoup aimé le claviériste Nils Frahm en studio, même si en live il m’avait déçu…

Charlotte : finalement on n’écoute pas grand chose depuis un an.

Ce n’est donc pas une légende que les musiciens écoutent très peu de musique ensuite chez eux ?

Charlotte : si tu travailles dans un restaurant toute la journée, je pense que le soir tu te fais un Royco minute soupe..

David : même chez les Top Chefs c’est comme cela quand tu vois ce qu’il donne à manger à leur fils (rire général). C’est le cordonnier tu vois.

Quels sont vos Projets pour la suite ?

Charlotte : on a envie de collaborer avec plein d’autres gens… J’ai aussi envie de revenir à un truc plus acoustique, prendre ma guitare et poser ma voix un peu comme sur les titres de « Dead Tapes »

David : en parlant d’acoustique, on pensait mettre une vraie harpe sur « My Love » en live… On va annoncer très prochainement, après la fin de la tournée, la suite de nos aventures…

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