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Yan Wagner : « La scène m’avait manqué »

By on 5 octobre 2017

Avant son concert complet à la boule noire à Paris le 10 octobre prochain, Yan Wagner rejoignait ses compagnons du label Her Majesty’s Ship, DBFC et Charlotte Decroix dans le club de l’Aéronef à Lille pour une chouette soirée de caractère musicale.

Quand je pénètre à 18 h dans l’enceinte de la salle en ce vendredi 29 septembre 2017, tristounet à souhait, un karma positif circonstanciel se profile entre les poignées de main chaleureusement échangées avec les membres de DBFC, le régisseur de l’Aéronef et l’installation palpitante du matos d’ Yan Wagner avant le réglage des balances.

Près d’un mois après la sortie de son nouvel album encensé « This Never Happened », Yan Wagner et ses 2 acolytes musiciens, le claviériste Rémi Foucard et le batteur Jérôme Laperruque s’échauffent sous la houlette du régisseur Thibaut Jamin.

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Yan Wagner en mode crooner, distingué, sur la scène de l’Aéronef

Je ne rêve pas, j’ai rendez-vous avec la voix chaleureuse de Yan Wagner, de ses vocalises a capella à frissons (« A River Of Blood », « Generic city »,…) durant le soundchek, à l’échange passionnément partagé dans les loges juste avant le repas, 1 heure avant de faire son entrée sur scène.

Cette année, cela fait 4 ans que tu n’étais pas remonté sur scène en tant que chanteur… Comment te sens-tu et ressens-tu ce nouveau passage à l’acte ? Cela t’avait-il manqué le fait de ne pas prendre le micro ?

Oui, à fond. J’ai fait quelques petites apparitions sur scène suite aux collaborations que j’avais faites, avec La Mverte notamment, mais c’était un peu frustrant. Cela m’a manqué car ça fait vraiment parti de ce pour quoi je fais ce métier. Le studio, c’est génial, mais la scène c’est vraiment un complément important.

Tu te revendiques autodidacte dans tes divers projets artistiques, de celui de musicien à remixeur, DJ, producteur et idéalement à nouveau chanteur. Comment t’organises-tu dans tes choix ? Au feeling ? ou à la proposition ?

Pour travailler avec quelqu’un, il faut déjà que l’on s’entende bien et que la musique me plaise. Il faut surtout que j’aie l’impression d’apporter quelque chose au truc, tu vois. Si c’est déjà bien, je ne vais pas travailler dessus juste pour travailler dessus (rire). Et après pour tous mes projets personnels, ce sont des envies… difficiles à expliquer.

Ton nouvel album « This never happened » paru sur le label Her Majesty’s Ship le 1er septembre suscite beaucoup de réactions positives de la part des médias spécialisés. Es-tu conscient de son pouvoir de séduction auditive, rappelant beaucoup de choses déjà produites dans le temps, mais qui manquaient aujourd’hui ?

Je suis content de l’accueil pour l’instant. Mais après s’y attendre, c’est un peu prétentieux. C’est toujours difficile d’imaginer la suite. On a une perspective du disque lorsque l’on le fait, mais après les gens se l’approprie et on est toujours surpris par ce que l’on va te dire. ////Retour sur la chronique :

YAN WAGNER « The Chemical Crooner »

J’ai l’impression que c’est un album taillé pour perdurer dans le temps, plus que son prédécesseur en fait.

Ce serait super. Je pense qu’il est plus riche que le premier. L’idée était de faire un truc beaucoup plus ouvert et à l’image de ce que j’écoute en fait. J’écoute beaucoup de choses différentes. Je ne suis pas trop un puriste. Alors que justement dans le premier disque, il y a un côté un peu comme cela tandis que celui-ci possède un spectre plus large.

L’album s’impose comme une oeuvre dominée par ta voix, et pourtant, le titre homonyme d’ouverture est instrumental, et pourrait presque sonner comme un générique. Pourquoi avoir fait ce choix ?

En fait, j’ai un peu hésité à chanter sur ce morceau-là, et ça ne fonctionnait pas avec la voix. Tout en le créant je me suis dit que ce serait une bonne intro de concerts sans vraiment penser à le mettre dans l’album. Au final, on ne la joue pas en concert, et le titre est sur l’album (rire). On va peut-être le faire plus tard, mais pour l’instant on ne l’a pas encore travaillé. Mais oui j’aime aussi beaucoup les instrumentaux. Je pense aux albums de Human League ou Fad Gadget que l’on parlait tout à l’heure où il y a toujours des parties instrumentales. Que la voix s’en aille, cela fait parfois du bien (rire).

L’aspect musical cinématographique de l’orchestration n’échappe pas non plus aux oreilles. Tu es plutôt Vangelis ? (je pense à l’ouverture du 1er album avec ses sons à la Blade Runner).  John Barry ? (je pense aux mélodies réalisées au clavecin). Ennio Morricone ? (Je pense aux cordes sur  “A River of a Blood”).

Oh-là (pour Ennio Morricone) ! Oui, c’est vraiment un morceau de Cow-Boy celui-là. L’idée était de faire ça. Vangelis, je n’aime pas trop, hormis la bande originale de Blade Runner qui fait corps avec le film. Mais en général je n’aime pas trop ce qu’il a fait même si je peux comprendre que des gens aiment. Je suis plus Tangerine Dream que Vangelis. Par contre, pour les 2 autres, c’est difficile de ne pas les aimer.

Pour ce nouvel album, tu as donc intégré le label parisien Her Majesty’s ship, est-ce que c’est important, voire fondamental pour toi de signer sur un label indépendant ?

Non, pour dire la vérité, j’ai eu affaire avec des majors sur les 5 années. Cela n’a pas fonctionné pour un disque, mais, par exemple, j’ai enregistré quelques petites choses du disque dans un studio de chez Polydor, qu’un des gars m’avait proposé pour m’aider. Je ne suis pas trop dans ce clivage indé, car je gravite plutôt dans ce milieu. Faire un disque avec quelqu’un c’est toujours une affaire de rencontre. Faire un disque avec quelqu’un c’est important et il faut de la confiance. Là en l’occurrence, c’est hyper naturel avec David (David Shaw, créateur du label). Après je n’ai pas forcément envie de signer sur un label indé, mais il s’avère que ce que je fais ne va pas interpeller un producteur de major qui se dira, « Putain ça va cartonner auprès des jeunes ! » Le mec de Barclay, il ne va pas me dire, « allez on y va », tu vois…

Oh, on ne sait jamais avec Barclay… (Je pense au groupe La Femme). Charlotte Decroix, la cofondatrice du label HMS est donc originaire de Lille, d’où la soirée thématique ce soir à l’Aéronef. Que penses-tu du potentiel mélomane des Lillois ?

Les Lillois s’adonnent aux Lillois…  Mais Lille, c’est super ! On se disait en arrivant, c’est toujours un plaisir de venir jouer ici. Il y a beaucoup de salles qui sont assez chouettes. Il y a vraiment une bonne ambiance avec les gens qui sont toujours sympas. Je n’ai aucune mauvaise expérience ici. Je suis venu jouer 4 ou 5 fois et à chaque fois ça se passe bien. D’ailleurs qu’il y ait du monde ou pas, il y a toujours ce chouette contact avec le public.

La pochette de « This Never Happened » rappelle esthétiquement le style de celles du label Factory, culte de Manchester. C’était une volonté personnelle ou plutôt celle de la maison de disque menée notamment par le Mancunien David Shaw ?

C’est ni l’une ni l’autre, car en fait pour la pochette, j’ai fait appel à une graphiste qui s’appelle Rachel Cazadamont qui travaille chez H5 qui est une grosse agence de graphisme. Et en fait je lui ai fait confiance après avoir beaucoup parlé des titres. On a beaucoup parlé de la signification de « This Never Happened » et des idées que je voulais que cela transmette graphiquement, sans ne donner aucune référence. Ensuite, elle m’a fait plein de propositions, toutes aussi belles les unes que les autres, avec des trucs beaucoup plus poétiques, ou plus radicaux comme la version choisie qui effectivement fait penser à l’Hacienda, un peu chantier. Mais ce n’était pas du tout réfléchi, genre, on va faire un truc comme Factory. Après, c’est cool, car effectivement cela fait penser à Factory et peut faire un lien généalogique.

Du fait de tes origines, tu es un des rares artistes à tout chanter en anglais avec une musicalité parfaite dans le chant, ce qui est rare en France, à l’exception peut-être de Nicolas Ker des Poni Hoax.

Des dates sont-elles anticipées à l’étranger ?

Oui, je vais à Milan en décembre, mais en formule DJ non chantée. J’en ai fait aux États-Unis, justement, mais il y a quelques années…

Tu n’as jamais été tenté de chanter en Français ?

Si je l’ai fait au début avec d’autres projets, mais j’écris mes paroles automatiquement en anglais… Peut-être que je chanterai bientôt en français sur un duo (surprise).

Est-ce plus simple de tourner dans le monde avec de la techno instrumentale, comme pour ton projet The Populists ?

J’ai moins tourné avec The Populists qu’avec mon truc à moi, donc finalement je ne sais pas.

The populists pour toi, c’est un avatar techno ou ton alter ego musical politique ?

C’est un truc très satirique, plus pour rigoler. Il m’arrive de mettre un groin quand je joue en live, justement parce que ce n’est pas trop engagé. C’est même un style anti chanteur engagé, le genre qui hurle sur scène « la guerre ce n’est pas bien » ou « tous pourris les politiciens », je trouve cela un peu limite. Mais il y a aussi des trucs pourris avec les montées flippantes du populisme en Europe et aux États-Unis, c’est pour cela que j’ai appelé le projet The Populists. Mais c’est plus une sorte de récréation pour moi.

Dans l’image avec Nadine Morano, il y a tout de même une esthétique punk, style la fameuse pochette de « God Save The Queen »…

Oui il y a de cela ! L’idée est de faire les morceaux et pochettes très rapidement sans les peaufiner pendant des heures, d’aller dans un truc d’énergie sans vraiment d’ambition commerciale.

Paulette magazine

Calypso et Yan dans Paulette Magazine (mai 2011)

Parallèlement à la réalisation de ton album, tu as produit celui de Calypso Valois, “Cannibale” qui sort le 13 octobre (Pias). Comment est né le fruit de cette collaboration ? Je me suis demandé si c’est Etienne Daho qui vous a présenté, comme il est un peu le parrain de toute la nouvelle scène en France ?

Ben non en fait, je les ai rencontrés tous les 2, le même soir, à la soirée hommage à Jacno, à la cité de la musique, en 2010. Donc c’est la première fois que je la rencontrais. On ne se connaissait pas, on se croisait tous les 2 ans…mais effectivement il y a quand même un truc avec Etienne quand je repense à la soirée “I Love Jacno” à la salle Pleyel où il y avait tout un tas d’artistes dont Nicolas Ker justement, The Pirouettes…, car c’est là que l’on a vraiment sympathisé finalement. Par la suite, elle m’a fait écouter ses morceaux et proposer de la produire. Comme je n’avais jamais fait cela pour quelqu’un d’autre et que je trouvais très bien ses compos, j’ai dit ok.

Que t’as apporté le rôle de producteur ?

J’ai été amené à bosser avec des supers musiciens qui m’ont appris plein de trucs. Même pour mon projet solo, cela m’a permis d’être moins frileux et d’oser plus de choses.

Peut-on parler d’une touche Yan Wagner ?

Je n’en sais rien, mais non je ne crois pas. J’ai même l’impression que c’est le contraire, car je change tout le temps de truc,  et que c’est même un problème (rire).

Accompagneras-tu Calypso Valois parfois au clavier sur scène ?

Ah ! ouai pourquoi pas, c’est un truc qui me brancherait bien de l’accompagner, vu que c’est moi qui ai produit ses morceaux. Cela pourrait être pas mal d’autant plus que l’on s’entend vraiment bien.

Penses-tu poursuivre l’expérience de producteur avec d’autres artistes ?

À fond, carrément. J’essaie de développer cela… Beaucoup d’artistes me plairaient.

Et pour les remixes, tu vas continuer à être si prolifique ?

J’en ai un peu trop fait, mais ce n’était pas toujours bien, donc maintenant je préfère en faire moins et être sûr du résultat.

En attendant le(s) prochain(s) remix, retour sur celui réalisé pour la nouvelle garde « underground » française de Bagarre avec son revival New Beat :

Quel est le dernier disque que tu as acheté ? Concert vu ?

Alors, j’en ai acheté 3 d’un coup, « Scary Monsters » de David Bowie parce que je ne l’avais pas en vinyle, un truc de Blancmange aussi, l’album « Mange Tout » dont le titre me fait trop marrer et la réédition de « The Very Special World » de Lee Hazlewood. Je vais voir Nick Cave, le 3, je suis super content

Réfléchis-tu déjà à un troisième album solo ?

Oui, carrément, et je vais essayer de ne pas mettre autant d’années avant de le faire. J’ai fait des enfants, c’est cool (rire) et c’était nécessaire ce laps de temps. Mais là j’ai envie d’être plus présent, car j’ai l’impression d’avoir vécu un gros trou et que je retrouve un truc avec Rémi et Thibaut (ses acolytes de scène, NDLR) qui m’a terriblement manqué pendant 2 ans.

Yan Wagner devrait vite revenir à Lille tel qu’il l’a précisé après le concert. En attendant, les oreilles présentes auront ouï-dire que « This Never Happened » est taillé pour la route. Suivre les pointillés. Merci Yan Wagner.

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